En plein débat sur le mariage gay et sur l'homoparentalité, les séries télé auraient-elle un rôle à jouer ? Sans doute. Le gay stéréotypé laisse peu à peu sa place à un nouvel homo plus blanc que blanc, un gars super normalisé et totalement intégré. La fin des Village people ?
Les gays seraient-ils devenus plus normaux que la « normalité » ? C'est la question que l'on peut se poser en regardant notre petit écran et particulièrement les séries télé made in France. Finis, en effet, les folasse hystériques de Queer, les dingues de cul qui niquent pour un one shot sans le moindre sentiment, les personnages baroques consternant à la Michou ou encore les transgenres à l'instar de Vincent McDoom. L'homo télévisé d'aujourd'hui pense désormais avec autre chose que sa bite, a un boulot stable et aspire à ce que sa « différence » n'en soit plus une. La preuve en image à l'antenne : « Plus Belle la vie » sur France 3, « Faites comme chez vous » sur M6, « Avocats et associés » et « Clara Sheller » sur France 2. Tous ces programmes mettent en scène des « messieurs tout le monde » version homo. Dans le sitcom de France 3, Thomas le barman et Nicolas le flic tombent amoureux. On les voit régulièrement s'embrasser sans forcément forniquer tout de suite après dans le premier buisson. « Je ne voyais pas le problème et j'ai accepté ce rôle sans hésiter. Ma seule condition était que le personnage ne tombe pas dans le cliché", déclarait, pour Hebdo France 3, Laurent Kerusore qui joue Thomas. Même constat pour « Clara Sheller », la série « évènement » de France 2 puisqu'elle a déjà été primée avant même sa diffusion. Ce programme raconte les histoires d'une Bridget Jones française pour qui l'absence de mec à l'approche de la trentaine commence à devenir sa principale préoccupation. Clara Sheller, célibataire donc, vit en collocation avec un son meilleur ami, comptable et homo, joué par Frédéric Diefenthal. Le comédien interprète un homo lambda : loin des clichés de « l'homosexualité spectacle » mais qui garde des références inhérentes à la culture gay et sort des répliques plutôt marrantes et osées («- Toi JP... alors, qu'est-ce qui t'intéresse dans la vie ? - Les grosses bites!»).
« Pédé de service », out !!!
« On rattrape un certain retard par rapport au série anglo-saxonnes, je pense notamment à Six feet under. On voit enfin des homosexuels dans le rôle de personnages principaux sans que toute l'histoire ne tourne qu'autour de cela », explique David Lebois, du site Média-G, observatoire de la visibilité des gays dans les médias. En effet, auparavant, dès qu'un feuilleton ou un téléfilm abordait le thème de l'homosexualité, tout le récit était consacré à ce sujet. Les scénaristes cantonnaient exclusivement l'histoire à la « différence » des protagonistes. Comme si les gays ne pouvaient pas être une composante chez les différents personnages. Les séries commencent donc à intégrer des personnages dont l'homosexualité n'est qu'une propriété comme être grand, gros ou blond. Le traitement des relatons amoureuses homo et hétéro sont traités avec la même importance. « C'est pour nous une grosse victoire lorsque l'on voit des émissions avec des homos qui ne soient pas caricaturaux. Je trouve que l'on sort peu à peu de la caricature mais je ne crois pas que les programmes à la télé soient très précurseur », témoigne l'APGL, l'association des parents et futurs parents gays et lesbiens. Face à ces « nouvelles » séries qui ont les faveurs des critiques, on oppose généralement les programmes de télé-réalité où le gay faisait parti d'un quota tout comme le jeune beur, la bimbo ou la bourge, en tombant bien évidemment dans l'exagération des personnages. Benjamin des Queers, Steevy du Loft 1, Michel des Colocataires et Vincent McDoom dans La Ferme sont les exemples les plus frappants de « pédés de service » que les chaînes ont exploités outrageusement. Cependant, comme l'explique David Lebois, « la visibilité offerte au moment des premiers programmes de télé-réalité était déjà un progrès car on voyait des homos dans des émissions à heures de grande écoute, même si, bien sûr, je me réjouit de l'évolution actuelle ». Cette « homosexualité spectacle » jouant sur les clichés s'estompe donc peu à peu, les chaînes semblant décidés à sortir leurs gays lambdas du placard.
La télé peut-elle aider les gays ?
Dans cette quête de normalisation de l'homosexuel, la télévision joue-t-elle un rôle important ? « Certainement que les médias sont responsables mais on ne peut pas dire qu'il y ait une réelle relation de cause à effet entre ce que le Français moyen va voir à la télé et l'idée qu'il va se faire des homosexuels », explique David Lebois. En plein débat sur le mariage homosexuel et sur l'homoparentalité, la représentation que se fait l'opinion publique des gays reste tout de même un élément majeur. « La télévision a un rôle éducatif dans tout ça. Mais je pense quand même qu'elle ne fait que suivre le mouvement actuel d'acceptation des homos dans la société. Les séries télé retranscrivent une part de la réalité. Les couples homosexuels ou de l'homoparentalité, ça existe donc les scénaristes s'intéressent à ça. Je pense vraiment que l'intégration est en cours », déclare l'AGPL, très optimiste sur la question. « La télévision est importante dans tout cela mais certaines chaînes restent encore très prudente », nuance David Lebois. « Il n'y a vraiment du progrès que sur le service public. TF1 ou M6 restent souvent très racoleurs quand ils parlent du sujet ou alors ils ne passent pas certains téléfilms. Je pense notamment aux feuilletons « Les Copains d'abord » et « Tous contre Léo » qui avaient été prévus et qui finalement n'ont jamais été diffusés », ajoute-t-il. Quoi qu'il en soit, la nouvelle visibilité offerte aux homos d'aujourd'hui constitue un allier supplémentaire dans leur combat pour la reconnaissance officielle de leur situation. « Même, d'un point de vue général, les homos qui rejoignent l'association sont beaucoup mieux dans leur peau », témoigne l'AGPL, « il y a beaucoup moins de gêne ou de honte et la télé a peut être contribué à cela ».
Julien Marchand le 11 juillet 2005
Technikart